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Le château de Prague : dix siècles au coeur de l'Europe

Il y a peu d'endroits en Europe où les strates de l'histoire se superposent avec une telle densité que le château de Prague. Sur 70 000 mètres carrés de plateforme dominant la Vltava et la vieille ville, se trouvent une cathédrale gothique dont la construction s'étala du XIVe au XXe siècle, un palais roman transformé en gothique puis en Renaissance, une ruelle d'artisans construite dans les meurtrières de la muraille du XVIe siècle, une basilique romane du XIe siècle, et une résidence présidentielle active. Comprendre le château de Prague, c'est comprendre un millénaire de politique européenne. Les autres châteaux de Bohême sont localisables sur la carte.

Les origines : les Premyslides et le IXe siècle

Un premier fort en bois fut construit sur le promontoire rocheux de Hradcany par les Premyslides, première dynastie des ducs de Bohême, dans la seconde moitié du IXe siècle. La localisation — sur la rive gauche de la Vltava, dominant la plaine de Bohême — était stratégique. Le prince Borivoj Ier (mort vers 889), baptisé par Méthode de Thessalonique, fit du château le siège du christianisme en Bohême.

L'église Saint-Georges (Kostel svatého Jiří), construite vers 920 par Vratislav Ier, est le plus ancien bâtiment encore debout du château. Sa facade baroque du XVIIe siècle cache une nef romane du XIe siècle partiellement reconstruite après l'incendie de 1142.

Charles IV et l'apogée médiéval

Charles IV (1316-1378), roi de Bohême et empereur du Saint-Empire romain germanique à partir de 1355, fit de Prague la capitale de l'Empire et du château la résidence impériale. Sa grande entreprise fut la cathédrale Saint-Guy (Katedrála sv. Víta), commencée en 1344 par l'architecte Matthieu d'Arras puis continuée par Peter Parler à partir de 1353.

Peter Parler, architecte souabe de génie, inventa à Saint-Guy des solutions gothiques nouvelles : les voûtes en réseau (ou filet) de la sacristie, avec leurs nervures entrecroisées en diagonale sans passage par une clef centrale, influencèrent l'architecture gothique tardif dans tout l'espace germanique pendant un siècle. Le triforium de la cathédrale contient les bustes-portraits des donateurs et des architectes — dont celui de Charles IV lui-même et de Peter Parler — premier exemple en Europe de portrait sculptural réaliste dans un contexte ecclésiastique.

La défenestration de Prague (1618) : l'étincelle de la Guerre de Trente Ans

Le 23 mai 1618, des nobles tchèques protestants se présentèrent au château pour protester contre les tentatives des Habsbourg de rétablir le catholicisme en Bohême. La confrontation se termina par le jet par une fenêtre du Château — à 21 mètres de hauteur — de trois représentants catholiques des Habsbourg. Ils survécurent (selon la propagande catholique, grâce à l'intervention de la Vierge Marie ; selon les protestants, grâce au tas de fumier dans lequel ils atterrirent).

Cette troisième défenestration de Prague (la première était hussiste en 1419, la seconde en 1483) déclencha le soulèvement des États de Bohême et, en chaîne, la Guerre de Trente Ans (1618-1648) qui ravagea l'Europe centrale.

La Ruelle d'Or (Zlatá ulička)

L'une des curiosités les plus photographiées du château est la Ruelle d'Or, rue de maisons minuscules construites dans les arches de la muraille nord au XVIe siècle d'abord pour les tireurs de la garnison, puis occupées par des artisans, des alchimistes selon la légende (d'où le nom), et des pauvres. Franz Kafka loua la maison numéro 22 en 1916-1917 pour y écrire. Les maisons, aujourd'hui reconstituées et présentant des reconstitutions d'artisanat, sont l'un des passages les plus évocateurs du château.

Le château sous la République (XXe-XXIe siècles)

Après la création de la Tchécoslovaquie en 1918, le château devint la résidence officielle du président. Tomáš Masaryk, premier président, chargea l'architecte slovène Josip Plecnik de rénover les espaces présidentiels avec un programme moderniste discret mais virtuose. Les pavillons de Plecnik dans les jardins sud, ses fontaines et ses sols en opus alexandrinum sont un chef-d'œuvre de dialogue entre le modernisme du XXe siècle et le patrimoine médiéval.

À explorer sur la carte

Le château de Prague est localisé sur la Ouvrir la carte avec les autres grands châteaux de Bohême et Moravie — Ceský Krumlov, Karlstejn (résidence de chasse de Charles IV) — qui forment ensemble l'exceptionnelle constellation castrale de la République tchèque.